DRH et IA : Éclairages avec notre invité Alexandre Stourbe de Tomorrow Theory

– Lundi 29 juin 2026

L’intelligence artificielle (IA), en particulier dans sa forme générative, bouscule l’ensemble des structures de l’entreprise. Au cœur de cette tempête technologique, les Directeurs des Ressources Humaines (DRH) se retrouvent en première ligne pour anticiper les mutations du travail. Pour décrypter ces enjeux, nous avons rencontré Alexandre Stourbe, ingénieur de formation ayant passé huit ans à la tête du Lab RH (association de promotion de l’innovation RH en France), et aujourd’hui membre clé de Tomorrow Theory.

Alexandre Stourbe et Tomorrow Theory : Penser le futur du travail

Tomorrow Theory se définit comme un studio d’innovation RH. Sa mission principale consiste à appréhender les grands bouleversements sociétaux, environnementaux et technologiques afin d’évaluer leur impact direct sur le monde professionnel. Le studio accompagne, acculture et sensibilise les comités de direction (Comex) et les directions RH pour les aider à décoder les tendances émergentes.

Fort de son ancrage unique au croisement de la tech et de la fonction humaine, Alexandre Stourbe bénéficie d’une vision panoramique sur l’écosystème de la HR Tech et sur les réalités quotidiennes des entreprises face à l’essor de la data et de l’IA.

La vision de l’IA : Au-delà de la productivité, un enjeu de posture

Selon Alexandre Stourbe, il n’existe pas une approche unique de l’IA dans la fonction RH. Il observe plutôt une fracture entre deux visions stratégiques au sein des entreprises :

1. L’approche court-termiste : La quête d’efficacité

De nombreux DRH voient l’IA comme un formidable levier d’automatisation des tâches administratives à faible valeur ajoutée (gestion des mutuelles, relances, onboarding, etc.). Si cette automatisation permet un gain de temps précieux, Alexandre Stourbe met en garde contre le risque d’« aliénation cognitive ». Si le temps libéré est immédiatement absorbé par le système pour exécuter davantage de tâches ou multiplier les réunions sans valeur ajoutée, l’humain devient un simple rouage d’exécution de la machine.

2. L’approche stratégique : Le « Change Management »

À l’opposé, les DRH les plus visionnaires perçoivent l’IA comme une opportunité de redéfinir en profondeur l’organisation du travail et les processus métiers (comme le recrutement). Dans cette configuration, le temps économisé grâce à la technologie est réinvesti dans la réflexion stratégique, la transformation des compétences et la gestion humaine. Pour Alexandre Stourbe, la fonction RH doit absolument conserver sa souveraineté cognitive : décider de ce qui doit être délégué à la machine et de ce qui doit impérativement rester du ressort de l’intelligence humaine.
Quels éclairages sur les formations pour les DRH ?

Pour naviguer sereinement dans cette nouvelle ère, les professionnels des Ressources Humaines doivent adapter leurs compétences. Alexandre Stourbe identifie trois grands axes ou typologies de formation à privilégier :

 

 

  • Les formations pragmatiques et opérationnelles (Mooc & Bootcamps) : Idéales pour acquérir rapidement des compétences techniques de base, comme la création d’agents d’IA ou la maîtrise du prompting. Des Mooc gratuits (à l’image de ceux proposés par Unow ou par OpenClassrooms) ainsi que des Boot Camps intensifs (formations proposées par Besoin de Rien, Envie d’IA ou par Kedge par exemple) permettent aux RH de comprendre les outils et de gagner en agilité technique.

 

  • Les cursus de direction de projet (Écoles de commerce & Universités) : L’implémentation de l’IA ne relevant pas uniquement de la sphère technique, les DRH doivent se positionner en véritables directeurs de projet. Des programmes comme ceux de Rennes School of Business forment à la gouvernance de projets IA complexes. Ces cursus, souvent dispensés en présentiel, favorisent les échanges de pratiques et aident à orchestrer la transformation à l’échelle de toute l’organisation.

 

  • Les formations systémiques et de prospective globale : Face au contexte actuel de « polycrise », concept introduit par le théoricien Edgar Morin (le croisement simultané de crises géopolitiques, économiques, démographiques et technologiques), le DRH a besoin d’une culture générale solide pour anticiper les impacts macroéconomiques sur son entreprise. Alexandre Stourbe conseille de suivre des cursus plus globaux, comme ceux proposés par l’École de Guerre Économique, (en particulier le MBA Management Stratégique et Intelligence Economique) qui offrent une vision systémique essentielle pour guider l’humain dans un monde en constante mutation.

 

L’intelligence artificielle n’est qu’un accélérateur des transformations qui frappent notre société. Pour le DRH, relever le défi de l’IA implique d’abord de sortir de sa zone de confort réglementaire pour embrasser une posture de leader du changement.